De nos jours, les activités sportives ne manquent pas Football, Tennis, Judo, Cyclisme, Natation, Boxe Française... et les jeunes ont l'embarras du choix pour satisfaire leurs goûts personnels ou leurs dispositions naturelles. Par contre, nos grands-pères étaient pratiquement sevrés de passe-temps, et personne n'aurait voulu manquer ce qui constituait l'une des rares distractions dans les villages : les séances de lutte Gréco-Romaine ...
La lutte gréco-romaine
Dès la plus haute antiquité, les jeux olympiques attiraient à
Athènes tous les quatre ans des centaines de milliers de spectateurs.
Les vainqueurs des courses du marathon, des luttes étaient honorés comme
des demi-dieux. Ces jeux se répandirent dans tous la bassin
méditerranéen et l'occupation romaine en Provence allait propager
notamment la lutte gréco-romaine.
La lutte gréco-romaine consistait - et consiste toujours - à opposer
deux adversaires forts en muscle et en souplesse. Il n'y avait pas de
limite de temps, et la combat se poursuivait jusqu'à ce qu'un des
adversaires fasse toucher en même temps les deux épaules de son
concurrent au sol. Pas de brutalités, pas de coups bas, mais des luttes
d'une loyauté et d'un "fair-play" absolu .
Avec qui voulez-vous lutter ?
Dans les années 1850, la lutte était partout en honneur en
Provence. Il n'y avait pas de fêtes locales sans tournoi de lutte.
A Lapalud on attendait l'évènement qui se déroulait pour la fête votive
le premier dimanche d'Août, à l'ombre des platanes au quartier des
Oriols (situé derrière les meubles Fabrol). Les platanes qui
servaient à délimiter le ring s'y trouvent toujours.
Le sculpteur Charpentier a immortalisé les lutteurs et une de
ses statues se trouve sur la place de la mairie à Bollène.
Des forains dressaient leurs tréteaux et leurs baraques, et, au son
d'une musique entraînante, les lutteurs défiaient la foule :
"Avec qui voulez-vous lutter ?" criait le patron forain, tandis que de
courageux ou téméraires spectateurs répondaient :
"Avec le rouquin ! "
"Contre le grand frisé !"
ou bien encore
"Avec Thérésa de la Platu » Puisque à une certaine époque les
femmes elles aussi participaient aux luttes.
Les enjeux étaient fixés, on jouait, on pariait, on pesait les chances
des uns et des autres en comparant la taille, le poids, les
biceps…
Le meunier de Lapalud.
Un jour la renommée apporta jusqu'à Lapalud, petit village
provençal, les exploits du terrible Arpin. En ce temps-là, florissait à
Lapalud un jeune Meunier célèbre dans toute la contrée par son habileté
à jeter ses camarades sur les reins. Toutes les fois que Marseille
(c'est le nom de notre meunier) rencontrait un ami, il ne manquait
jamais de le prendre à bras-le-corps et: de le coucher dans la poussière
De là le nom "d'infatigable lutteur" qui fut conféré d'une voix unanime
au jeune meunier de Lapalud . Cependant Marseille ne pouvait se
contenter de son auréole Départementale ; les lauriers d'Arpin
l'empêchaient de dormir. Lutteur ambitieux et rusé, il voulait détrôner
cette réputation jusque-là inébranlable .
Un beau matin, donc, tourmenté par ses rêves de victoire, il prit son
bâton et se mit en route pour Paris, sans même jeter un regard en
arrière sur son âne sur son moulin ou sur les jolies filles de
Lapalud. Tous les grands hommes sont ainsi : ils quittent la vie calme
et abritée pour aller au-devant de la mystérieuse toile qui brille pour
eux seuls à travers les brumes de l'horizon .
Le défi !
Aussitôt qu'ARPIN sut qu'un rival était arrivé de la Provence, il
se hâta de faire savoir au jeune présomptueux qu'il tenait 200
Francs à sa disposition s'il était vainqueur. Mais Marseille, repoussant
l'offre d'Arpin, lui répondit qu'il donnerait 500 Francs à lui ou à tout
autre qui parviendrait à le terrasser.
Etonnement et sourire chez Arpin, qui déclara à ses admirateurs "qu'au
bout de cinq minutes, il serait l'heureux possesseur de 25 Louis !"
On fixa un jour, et il y eut grand bruit dans la ville. Tous les amis de
la lutte tous las membres du "Jockey-Club", tous les beaux jeunes gens
heureux de voir combattre des hommes contre des hommes s'étaient réunis
dans la salle Montesquieu. Des paris s'étaient engagés : ceux-ci
tenaient pour la Savoie ceux-là pour la Provence ... A dix heures
précises, après quelques exercices préliminaires, Arpin paraît dans
l'arène le regard fier et la tête haute. Des milliers de bravos
accueillent le lutteur.
Arpin est un colosse : des bras vigoureux, solidement attachés à des
épaules carrées, un torse d'Hercule, des jambes d'éléphant. Marseille,
le Meunier de Lapalud, parait à son tour : c'est un jeune homme mince,
nerveux et qui semble fluet auprès de son colossal adversaire.
Tout est enfin prêt. Les 2 rivaux se donnent la main, et le combat
s'engage. Arpin saisit Marseille et le presse entre ses bras puissants.
Mais le meunier glisse comme une anguille et se précipite de nouveau sur
Arpin tout étonné de voir Marseille respirant encore. Ils s'attaquent,
s'enlacent, sa tordent, se baissent, se relèvent . Des gouttes de sueur
ruissellent sur le corps d'Arpin, tandis que le torse et les bras de
Marseille semblent froids à l'oeil comme la peau d'un serpent. Toutes
les poitrines battent, comme naguère encore la roue du moulin de
Marseille . Il y a des heures qu'ils sont aux prises et la victoire
n'est pas encore décidée .
Qui l'emportera ? Le Savoyard ? Le Provençal ?
Tout à coup un "Hourra!" retentit dans l'assemblée. Un des deux
adversaires a roulé dans la poussière. Lequel ? Et bien c'est le
vainqueur des vainqueurs, c'est le terrible Savoyard terrassé pour la
première fois, c'est Arpin .
Ah! si vous l'aviez vu, ce victorieux des anciens jours, se relevant au
milieu des bravos prodigués à son rival ! Tous ceux qui l'avaient
applaudi depuis des années, portant alors Marseille en triomphe,
semblaient je venger dans la victoire du nouveau venu, des anciennes
victoires du grand vaincu. Une idole, Arpin, est tombée.
Une nouvelle idole, Marseille, la meunier de Lapalud arrive .
Un spectacle de haute philosophie pour les puissants de la Terre .
Eux aussi, ils se voient un jour, dédaigné par cette foule capricieuse
qui la veille jetait des fleurs sur leur chemin.
Tel est l’article datant du 20 Mars 1853 nous a été communiqué par
Mr Fernand BLACHERE.
Une troupe de lutteurs
Marseille emporta dès lors une série de succès et fut bientôt connu sous le nom de Marseille le Meunier de Lapalud. Il fit venir son jeune frère Jean Baptiste connu sous le nom de Marseille le Jeune, le Lion de Lapalud. Ils engagèrent une troupe de lutteurs et créèrent des arènes de lutte. Puis ils luttèrent dans toute l'Europe. Vers la fin de leur vie, ils firent venir de Sorgues, Paul Pons qui devient en 1898 champion du monde.
C'est le photographe Léon Crémière qui les immortalisa en 1865
Mémoires à Lapalud
Sur la tombe rénovée de notre lutteur, on peut lire :
"Ci-git Henri Marseille dit le Meunier de Lapalud, qui rendit
célèbre son nom et celui de son village..." Il était donc tout à fait
normal que l'on donnât le nom de "Route des frères
Marseille » à l'ancienne Route de St Paul qui fut le lieu de
leur résidence.